Plongée au cœur d’Auterive, traversée par l’Ariège, la ville déploie un patrimoine riche et contrasté. Ville haute tournée vers la surveillance de la vallée dès le Moyen Âge, cité industrielle marquée par l’essor industriel des bas, et terre d’accueil pendant la Retirada, Auterive incarne ces communes du Sud-Ouest où chaque rue raconte un fragment d’histoire. Dans cet épisode de Un jour chez vous, nous vous proposons une promenade sonore et patrimoniale au cœur de cette ville de Haute-Garonne.
Une implantation médiévale stratégique
Située sur un promontoire dominant l’Ariège, Auterive s’est développée dès l’Antiquité. Des vestiges gallo-romains attestent d’une occupation ancienne à l’entrée actuelle de la ville. La cité médiévale s’organise ensuite autour d’une motte castrale devenue trop exiguë puis s’étend derrière ses remparts. Dix tours et quatre portes protégeaient autrefois la ville et aujourd’hui seule subsiste la tour de Cambolas, témoin discret de cette époque fortifiée. Le pont, élément central de la vie locale, a lui aussi connu les soubresauts de l’histoire. Après la destruction du pont médiéval lors d’une crue en 1599, une simple barque assurera la traversée pendant 233 ans et le pont actuel symbolise cette reconquête progressive des liaisons entre les deux rives.
Deux rives, deux identités
les gens d’en bas travaillaient pour les gens d’en haut. – Nicole Risbec
Auterive s’est longtemps construite autour d’une dualité entre rive droite et rive gauche, quartiers Saint-Paul et Madeleine. Cette division s’exprime aussi bien géographiquement que culturellement. La Révolution française illustre ce contraste avec d’un côté le drapeau blanc et de l’autre le drapeau tricolore. Même aujourd’hui, l’identité de quartier reste un marqueur fort pour les habitants. L’arrivée du train à la fin du XIXe siècle bouleverse l’équilibre urbain et la gare dynamise la rive gauche, accélérant le déclin du port fluvial autrefois actif sur l’Ariège. Le centre de gravité économique se déplace progressivement.
Encore aujourd’hui à Auterive on demande « t’es de Saint-Paul ou t’es de la Madeleine ? » – Jean-Marc David
Mémoire ouvrière et héritage industriel
Du XVIIe au XVIIIe siècle, la manufacture royale contribue à la prospérité locale grâce à la production de draps exportés jusqu’au Moyen-Orient. Mais c’est surtout l’usine de tricotage fondée en 1914 qui marque durablement l’histoire sociale d’Auterive. À partir du XIXᵉ siècle, la ville connaît un essor important grâce à l’implantation d’usines textiles le long de l’Ariège. La proximité de l’eau, indispensable au fonctionnement des machines et au traitement des fibres, favorise le développement d’une activité qui transforme durablement le paysage et la société locale.
Beaucoup nous disaient qu’elles gagnaient à l’usine plus que leur mari. Je ne sais pas si vous vous rendez compte ce que ça représente, en 1939 de gagner plus que son mari. Ça leur donnait quand même une autonomie, même si on les appelait les filles de l’usine ! – Martine Loubiès
Les ateliers de filature et de tissage structurent alors la vie quotidienne. Des générations d’ouvrières et d’ouvriers rythment leurs journées au son des métiers à tisser. L’usine devient un repère, un employeur central et un moteur économique pour toute la vallée. Autour d’elle se développent commerces, habitats ouvriers et solidarités de quartier.
Des centaines d’ouvrières y travaillent, parfois en gagnant davantage que leurs maris, ce qui constitue une réalité notable pour l’époque. L’usine ferme définitivement en 1965 après les premières vagues de concurrence internationale et l’évolution des techniques textiles. Le bâtiment est aujourd’hui reconverti en pôle culturel.
Allégora : de l’usine textile à la fabrique artistique
On ne fabrique plus de bas, mais des spectacles. On est toujours dans un processus pour fabriquer quelque chose. – Julie Séguéla, responsable de la salle de spectacle.
L’ancienne usine est devenue Allégora, salle de spectacle et lieu de création. La municipalité a conservé la structure originelle avec ses verrières industrielles, sa cheminée et ses volumes intacts. Allégora accueille résidences d’artistes, spectacles, associations locales et événements culturels et le lieu symbolise la capacité d’Auterive à réinventer son patrimoine sans effacer son passé.
La Retirada : Auterive, terre d’accueil en 1939
En janvier 1939, après la chute de Barcelone, des réfugiés espagnols arrivent à Auterive. Deux centres d’hébergement sont ouverts dont le cinéma L’Oustal transformé en refuge. Femmes, enfants et personnes âgées y vivent dans des conditions précaires et le maire de l’époque, Théodore Roques, soutient l’organisation de spectacles solidaires pour financer des visites aux hommes internés dans les camps du littoral. Certaines réfugiées, comme Joséphine Tresseras, travailleront ensuite à l’usine textile et l’histoire de la Retirada s’inscrit ainsi dans la mémoire industrielle locale.
Ces Espagnols voulaient et n’ont pas pu repartir en Espagne. Beaucoup se sont après installés et ont fait leur vie dans la région. – Martine Loubiès
Le musée des métiers : témoigner du passé d’Auterive
Depuis plus de quarante ans, le musée des métiers et traditions d’Auterive conserve plus de 1 500 objets liés à la vie quotidienne, aux métiers artisanaux et au monde agricole. On y découvre des outils de menuiserie et d’horlogerie, des instruments médicaux du XIXe et du début du XXe siècle, du matériel de pêche professionnelle et des objets liés aux moulins et à la boulangerie. Chaque pièce témoigne d’un savoir-faire durable à l’opposé de la logique du jetable.
On a eu quelques objets insolites, où quelquefois on cherche encore à quoi ils servent ! – Marcel Afflard
Ce n’est pas du jetable. Car ce sont des œuvres d’art, en plus d’être des œuvres efficaces, qui permettaient une amélioration de la vie des agriculteurs et des gens d’Auterive autrefois. – Jean Pierre Mons
Sentiers et patrimoine naturel
L’association locale Sentes et Layons entretient depuis 1993 les chemins ruraux autour d’Auterive. Ces sentiers relient coteaux, zones agricoles, bois et berges de l’Ariège. L’ancien chemin de halage est devenu un itinéraire de promenade très apprécié et ces parcours illustrent une autre facette d’Auterive, une ville au carrefour entre nature et mémoire.
Auterive aujourd’hui : patrimoine vivant et avenir
Auterive ne se résume pas à une simple commune de Haute-Garonne. Elle incarne une implantation médiévale stratégique, une forte mémoire ouvrière, une terre d’accueil marquée par la Retirada, une reconversion culturelle réussie et un patrimoine naturel accessible. À travers cet épisode de Un jour chez vous, Auterive apparaît comme un territoire vivant, façonné par les siècles mais tourné vers l’avenir.
Ecoutez aussi Un jour chez vous, à Lavelanet.