Dimanche 22 mars 2026, Foix a fait mentir une vieille habitude politique. Dans cette préfecture ariégeoise solidement ancrée à gauche depuis des décennies, les électeurs ont choisi de tourner la page.
Une bascule historique
Au second tour des municipales, la liste menée par Jérôme Matéos (sans étiquette) s’impose avec 42,82 % des voix, et seulement 9 voix devant la maire sortante Marine Bordes (union de la gauche), qui totalise 42,59 %. Résultat : une majorité municipale renversée, avec 21 sièges pour la liste victorieuse contre seulement 6 pour la gauche.
Dans une ville décrite comme « ancrée à gauche » depuis des décennies — voire depuis la Troisième République — le symbole est fort. Cette victoire nette offre à la nouvelle majorité une large avance en sièges au conseil municipal.
À chaud, le vainqueur ne cachait pas son émotion :
« La joie, simplement la joie, pour moi, pour mes parents, pour mon équipe, et pour les Fuxéennes et les Fuxéens, bien évidemment, car ils ont choisi le changement. »
Loin de toute surprise feinte, Jérôme Matéos revendique une stratégie assumée :
« Je ne suis pas parti pour faire une candidature de témoignage, je suis parti pour gagner. J’ai mené une campagne flash, intense, autour de trois thèmes : la propreté, la sécurité et l’attractivité. Ils ont imprimé auprès des électeurs, et ça a fait la différence. »
Avant même la prise officielle de fonction — prévue lors du conseil municipal de samedi matin — le futur maire esquissait déjà la suite, entre obligations institutionnelles… et célébration :
« Ce soir, il y a les séquences médias, la préfecture, puis on va se retrouver avec l’équipe, boire un verre… peut-être un peu plus. »
Une ville solidement ancrée à gauche depuis 1965
Pendant des décennies, le paysage politique fuxéen a offert une remarquable stabilité. Les majorités de gauche s’y sont succédé sans véritable remise en cause, souvent avec des scores confortables, parfois dès le premier tour.
En 2020 encore, Norbert Meler (Parti socialiste) était reconduit avec près de 62 % des suffrages, confirmant cet ancrage durable. Déjà en 2014, la gauche dominait largement la vie municipale.
À Foix, le vote à gauche s’inscrivait dans une continuité presque naturelle, au point de devenir un marqueur local aussi familier que le château ou les marchés du centre-ville.
Une gauche divisée, un centre en embuscade
Dans cette élection, la fragmentation de la gauche aura pesé lourd. La liste menée par Alexandre Besson (Foix en commun), créditée de 14,59 % au premier tour, n’a pas fusionné.
Son chef de file regrette une occasion manquée :
« Nous avions proposé une répartition proportionnelle, quelque chose d’extrêmement original, qui n’a été saisi ni par Marine Bordes, ni par Jérôme Matéos. On savait que tout se jouerait à pile ou face. »
Malgré la défaite du bloc progressiste, Alexandre Besson affiche une posture combative :
« Nous allons continuer à porter la voix de la justice sociale, de la transition écologique et de la démocratie. »
Avec deux élus au conseil municipal, son mouvement entend peser dans l’opposition. Il a également annoncé son intention de briguer la présidence du Smectom.
Sollicitée à l’issue du scrutin, Marine Bordes n’a, pour l’heure, pas souhaité réagir publiquement à sa défaite.