Une ferme à l’arrêt pour avoir refusé de vacciner son troupeau contre la DNC

Rédigé le 25/03/2026
Stephanie Leborne

En Ariège, l’éleveuse Christelle Record voit son activité stoppée pour avoir refusé de vacciner son troupeau contre la DNC. Le préfet de l'Ariège affirme qu'il ne peut y avoir d'exception.

À Baulou, en Ariège, Christelle Record, éleveuse de veaux sous la mère reconnue pour la qualité de ses produits — servis jusque sur des tables parisiennes — voit aujourd’hui son activité stoppée par décision administrative.

En cause : son refus de faire vacciner son cheptel contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Une mesure lourde de conséquences qui relance le débat sur la liberté des pratiques agricoles face aux obligations sanitaires.

Christelle Record travaille depuis 10 ans sur un modèle d’ élevage sans produits chimiques

« Je ne remettrai pas en cause l’immunité naturelle de mon troupeau »

Installée depuis 2011, l’éleveuse a progressivement construit un modèle à contre-courant, après des débuts dans l’élevage intensif, ou elle fera face à une impasse sanitaire malgré le respect strict des protocoles classiques : « Morbidité élevée, acidoses, mortalité néonatale, explosion des frais vétérinaires… pour des résultats médiocres », résume-t-elle.

Elle opère alors un virage radical, se forme en agronomie et en éthologie bovine, et développe un système basé sur la prévention : pâturage tournant, alimentation sans céréales, phytothérapie.

« Aujourd’hui, je n’utilise ni médicaments ni produits chimiques. Mon troupeau ne présente pas de cas de DNC. Il repose sur une immunité naturelle que je ne remettrai pas en question », affirme-t-elle, craignant qu’une vaccination ne vienne déséquilibrer cet écosystème.

Une suspension administrative immédiate

Lorsque la crise de la DNC éclate, Christelle Record fait connaître sa position aux autorités. Elle transmet un dossier scientifique aux services de l’État, « qui a je pense été balayé d’un revers de main« , résume t’elle.

La réponse est rapide : contrôle de gendarmerie, puis suspension d’activité.

« Je ne peux plus vendre ni acheter d’animaux. Nous pouvons abattre, mais sans pouvoir transporter. Mon activité est à l’arrêt », explique l’éleveuse, qui dispose de sept jours pour se conformer à une injonction de vaccination.

Des questions en suspens

Malgré les sanctions, elle l’éleveuse de brunes des alpes maintient sa position.

« Si le prix à payer pour préserver l’équilibre de mon troupeau est de perdre mon droit d’exercer, je l’assume », déclare-t-elle.

Dans un courrier adressé au préfet, en réponse à sa suspension elle lui fait part de ses interrogations :
« Pourquoi cette obligation ? Que contient ce vaccin ? Et qui prendra en charge les pertes si des effets apparaissent ? »

« Il ne peut pas y avoir d’exception »

Photo archive Hervé Brabant, préfet de l’Ariège, photo S Leborne

De son côté, le préfet de l’Ariège, Hervé Brabant, défend une ligne ferme. S’il dit avoir pris en compte la spécificité du modèle de l’éleveuse, il rappelle qu’« il ne peut pas y avoir d’exception ».

« La vaccination est une obligation légale, européenne et nationale », insiste-t-il, précisant que des procédures ont été transmises à la justice.

« Une vaccination d’office »

Le représentant de l’État est catégorique : les animaux seront vaccinés, avec ou sans accord. « Dans tous le massif pyrénéen, les services vétérinaires procèdent à des vaccinations d’office. »

Pour la préfecture, « l’objectif est d’éviter tout risque de propagation ».

« Une seule vache non vaccinée pourrait avoir des conséquences énormes : blocage de l’estive, perturbation de 73 000 animaux, mise à l’arrêt de toute la filière », alerte Hervé Brabant, qui assure que le vaccin utilisé « n’est ni expérimental ni à ARN messager ».

En attendant, Christelle Record ouvrira sa ferme au public le 1er avril, avec la volonté de créer un espace d’échange autour de son modèle et de sa situation.

« Une journée humaine, faite de rencontres et de partage », annonce-t-elle.