« Des conséquences dramatiques » : les agriculteurs paralysent les centres des impôts en Ariège pour dénoncer la hausse du gasoil

Rédigé le 01/04/2026
Stephanie Leborne

Une colère profonde et un ras-le-bol général ont éclaté cette nuit en Occitanie, dans le département de l’Ariège. L’enchaînement des crises – tensions persistantes autour de la DNC et envolée du prix du gasoil – pousse désormais les agriculteurs au bord de la rupture. Après plusieurs semaines de hausses pour les particuliers, ce sont aujourd’hui les professionnels qui subissent de plein fouet l’explosion des prix.

Une envolée brutale

« Aujourd’hui, ce sont les agriculteurs qui se retrouvent pris à la gorge », alerte Sébastien Durand, président de la Coordination rurale de l’Ariège. Le prix du GNR (gazole non routier) a doublé en quelques semaines, « passant de 0,65 € (après exonération de la TICPE) à 1,30 € ». Une envolée brutale qui entraîne des « conséquences dramatiques » et menace la survie des exploitations, souligne Kevin Audouy, vice président de la CR 09 « Certains envisagent même de ne pas semer. ».

La coordination rurale 09 a appelé à la mobilisation pour faire face à la montée des prix des carburants photo SL

Mardi 31 mars, à l’appel de la Coordination rurale, près de 80 agriculteurs ont battu le pavé pour exprimer leur détresse et leur colère face à une situation « intenable ». « Les conséquences sont dramatiques, des exploitations sont mises en péril. On ne tiendra pas 15 jours, ni trois semaines de plus, après il sera trop tard », prévient Sébastien Durand.

Des aides jugées insuffisantes

Pour implanter une culture, chaque hectare nécessite entre 80 et 100 litres de GNR. Avec la hausse actuelle, le surcoût atteint environ 60 euros par hectare, soit près de 40 % des marges nettes des exploitations. Et la spirale des coûts ne s’arrête pas là : « Tout augmente. Le plastique a pris 20 à 30 %, la ferraille aussi. C’est toute la chaîne qui explose », poursuit le syndicaliste.

Les aides annoncées par l’État sont jugées « largement insuffisantes, voire hors-sol ». « On est déjà détaxé et on récupère la TVA. Les 20 centimes annoncés par litre ne représentent en réalité que 4 centimes », insiste Sébastien Durand. Résultat : certains réfléchissent à des mesures radicales, comme modifier leurs assolements ou, pour limiter l’usage du tracteur, ne pas semer. « Le baril est aujourd’hui à 117 dollars, alors qu’il avait atteint 137 dollars en 2022, et pourtant le gazole coûtait bien moins cher. L’État doit mettre en place un véritable bouclier tarifaire », réclame-t-il.

Des centres des impôts bloqués

Les entrées de quatre centre des impôts ont été enchainésphoto S. Leborne

Coordonnés pour une action à 21 heures, les agriculteurs ont enchaîné puis soudé les accès des centres des impôts de Foix, Ferrières, Pamiers et Saint-Girons, bloquant symboliquement les entrées. Des bâches noires, recouvertes de slogans militants, ont été déployées pour interpeller les pouvoirs publics.

« j’entends, je comprends, je vais relayer »

Dans la soirée, le préfet de l’Ariège, Hervé Brabant, est allé à leur rencontre devant la préfecture. « Il existe toujours des mesures ponctuelles, mais je comprends que cela ne suffise pas. Le gouvernement est mobilisé. Je prends bien en compte que, dépassant 1 € le litre, vous atteignez vos seuils de rentabilité et que la situation devient critique. Je relayerai vos besoins à Madame la Ministre dès ce soir », a-t-il assuré à l’assemblée,

Et de reprendre : « Pour eux, il y a un vrai sujet de trésorerie à très court terme. j’entends, je comprends, je vais relayer. Le gouvernement entend et comprend. Il y a déjà des mesures classiques qui sont mises en œuvre, de délai, de lissage, de trésorerie. Il y a aussi des mesures qui viennent d’être décidées par le gouvernement, des mesures de financement, que les agriculteurs estiment insuffisantes, mais on est aussi dans un temps où les sujets de finances publiques sont des sujets de préoccupation. Il y a bien une écoute attentive du gouvernement pour être au chevet de l’ensemble des acteurs économiques et là, ce soir, des agriculteurs.«