Ours : quatre brebis tuées en six jours en Ariège, « la dernière à 100m du village », alertent les éleveurs

Rédigé le 10/05/2026
Stephanie Leborne

La proximité avec les habitations marque un tournant : « L’attaque s’est produite à une centaine de mètres seulement du village », alertent les éleveurs.


La série d’attaques d’ours se poursuit en Ariège, notamment sur les hauteurs de Lapège, au-dessus de Tarascon-sur-Ariège. Vendredi 8 mai, deux nouvelles brebis ont été tuées — l’une éventrée, l’autre morte d’un arrêt cardiaque — portant à quatre le nombre de prédations enregistrées en moins d’une semaine sur cette estive située à environ 1 100 mètres d’altitude, au-dessus de Niaux.

Cette fois, la proximité avec les habitations marque un tournant : « L’attaque s’est produite à une centaine de mètres seulement du village », alerte Matthieu Fournier, président du groupement pastoral.

460 bêtes montées depuis une quinzaine de jours, 4 attaques rescencées

Sur ces estives précoces, où les troupeaux viennent tout juste d’être montés, la situation est jugée particulièrement tendue. « Quatre brebis en six jours, dont deux attaques sur la commune, malgré quatre chiens de protection, une bergère et un parc de nuit », souligne l’éleveur.

Les constats réalisés avec l’Office français de la biodiversité (OFB) font état d’une brebis prédatée et d’une autre morte de stress. « Le troupeau est extrêmement apeuré, reprend-il. On avait déjà observé des traces près des habitations, mais une prédation à 150 mètres du village, ça devient grave. »

Sur environ 460 bêtes montées depuis une quinzaine de jours, quatre ont déjà été perdues, « sans compter les pertes indirectes liées au stress — avortements ou baisse de fertilité — encore difficiles à évaluer. », souligne l’éleveur.

Une inquiétude qui grandit dans les estives

Pour Edith Denjean, éleveuse et membre de l’ASPAP (Association de sauvegarde du patrimoine d’Ariège Pyrénées), également touchée début avril à Auzat, cette situation est révélatrice d’une tendance inquiétante. « Cette série d’attaques est assez exceptionnelle par sa précocité et sa répétition », estime-t-elle.

Une attaque d’ours a également eu lieu le 7 avril dernier à Auzat – photo Édith Denjean

Elle redoute une saison particulièrement difficile : « Cela laisse craindre une estive 2026 compliquée, avec des prédations qui pourraient s’intensifier. »

Selon elle, un phénomène déjà connu en Couserans se reproduit désormais en haute Ariège. « La présence de l’ours y est très importante. Ils peuvent parcourir jusqu’à 85 km mais restent sur des secteurs définis. Plusieurs individus ont été répertoriés sur chaque estive », précise-t-elle.

11 ours recensés dans le Vicdessos

Le président de la Chambre d’agriculture de l’Ariège, Philippe Lacube, a exprimé son soutien aux éleveurs. « Un soutien fort à Émilie la bergère, à Mathieu et aux éleveurs du groupement de Lapège. Cela fait deux attaques en deux semaines, à proximité immédiate du village et d’un sentier fréquenté », souligne-t-il.

Il dénonce également un contexte particulièrement symbolique, en pleine foire de printemps dédiée au pastoralisme. « À portée de vue de la foire, on voit une montagne bouleversée par la présence des ours », dit-il.

Pour lui, la situation appelle une réaction. « Cela augure d’un été particulièrement invivable. Il faut intervenir, mieux connaître ces ours et aller vers une forme de régulation », estime-t-il, rappelant les données de l’OFB : « 11 ours recensés dans le Vicdessos. Le Couserans déborde d’ours. Il faut agir. »