La canicule et la sécheresse font peser de nouvelles inquiétudes sur l’agriculture ariégeoise. Alors que les effets du manque d’eau se font déjà sentir dans les prairies et les cultures, la profession agricole tente d’anticiper les difficultés à venir, notamment pour l’alimentation des troupeaux.
Une première réunion s’est tenue jeudi 6 août à la Direction départementale des territoires (DDT) afin de faire le point sur les conséquences de la sécheresse et les mesures à mettre en place. De son côté, la Chambre d’agriculture de l’Ariège a demandé la reconnaissance de l’état de calamité agricole. Des visites de terrain sont actuellement menées afin d’évaluer les pertes dans les différentes filières.
« Nous avons demandé la reconnaissance en calamité, puisque, au niveau des radars météo, l’Ariège a été classée en rouge. Actuellement, les visites de terrain sont en cours pour évaluer les pertes. C’est tout le territoire et toutes les filières qui sont concernés », explique Clémence Biard, vice-présidente de la Chambre d’agriculture de l’Ariège.
Des stocks de foin déjà sous tension
Au-delà des effets directs de la chaleur, c’est surtout la disponibilité du fourrage qui préoccupe les éleveurs.
« On sait très bien que dans les prochaines semaines et les prochains mois, l’impact économique va être mesurable. On a fait des bilans fourragers et on sait déjà qu’il n’y aura pas suffisamment de foin pour nourrir les troupeaux. Les récoltes ont été impactées et il y a eu beaucoup moins de fourrage cette année », alerte Clémence Biard.
Cette situation pourrait rapidement accentuer la demande en foin, alors que les disponibilités sont déjà limitées.
« Les prix ont commencé à augmenter et certains exploitants pourraient se retrouver en difficulté pour alimenter leurs animaux », souligne l’éleveuse.
La Chambre d’agriculture cherche du foin
Face au risque de pénurie, la Chambre d’agriculture a mis en place un système de recensement afin de mettre en relation les agriculteurs disposant de fourrage avec ceux qui en recherchent.
« Les grandes difficultés vont arriver dans les prochaines semaines. Tout le monde essaie déjà d’acheter du foin et son prix a augmenté », prévient Clémence Biard.
Des démarches ont également été engagées auprès de l’Espagne, qui pourrait disposer de volumes supplémentaires.
La PAC également au cœur des inquiétudes
La sécheresse soulève aussi des interrogations concernant les aides de la Politique agricole commune (PAC). Le manque d’eau et de fourrage pourrait notamment contraindre certains éleveurs à redescendre leurs troupeaux des estives plus tôt que prévu, avec des conséquences potentielles sur les aides liées au temps passé en montagne.
La Chambre d’agriculture indique toutefois avoir obtenu des assurances concernant la reconnaissance de situations de force majeure.
« Dans le cas d’une descente d’estive prématurée, on pourra bénéficier d’un cas de force majeure parce qu’il n’y a plus de fourrage ou d’eau sur l’estive. Il ne devrait donc pas y avoir d’impact sur la PAC », indique Clémence Biard.
D’autres demandes de dérogation restent cependant en attente, notamment pour l’agriculture biologique.
« La dérogation pour acheter du foin qui ne serait pas bio a été accordée, mais on attend encore une réponse pour l’aliment qui ne serait pas bio. Aujourd’hui, du foin bio, c’est introuvable », souligne-t-elle.
La profession reste également attentive aux contrôles liés au suivi satellitaire des parcelles dans le cadre de la PAC. La dégradation importante des prairies et des cultures pourrait en effet créer un décalage entre la situation observée sur le terrain et les images utilisées pour les contrôles.
Les pertes économiques encore difficiles à mesurer
Pour la Chambre d’agriculture, la priorité est désormais d’anticiper les conséquences de la sécheresse.
« Aujourd’hui, tout le monde a un peu le nez dans le guidon. L’impact économique n’est pas encore mesuré et mesurable. Mais on sait très bien que dans les prochaines semaines et les prochains mois, il va l’être », estime Clémence Biard.
Une cellule de crise avait déjà été mise en place par la Chambre d’agriculture au début du mois de juillet. Des demandes ont été adressées à l’État, à la Mutualité sociale agricole (MSA) et aux banques afin d’accompagner les exploitants confrontés aux difficultés.
Le mois d’août doit désormais permettre de poursuivre le recensement des besoins et de mettre en œuvre les différentes mesures envisagées. Une nouvelle cellule de crise est prévue début septembre.
En attendant, la Chambre d’agriculture invite les agriculteurs disposant de foin à vendre, mais aussi ceux qui recherchent du fourrage, à se faire connaître afin de faciliter les mises en relation.
« Pour l’instant, au mois d’août, nous continuons à décliner les mesures que nous avons proposées et surtout à recenser les besoins. L’état des lieux est en cours. Nous referons ensuite une cellule de crise début septembre », conclut Clémence Biard.