Dans une estive, un ours fonce sur un éleveur et s’arrête à trois mètres : « Il était prêt à en découdre »

Rédigé le 13/08/2026
Stephanie Leborne

En quinze jours, Daniel Delteil, éleveur ovin à Soula, a été confronté à deux reprises à un ours sur l’estive d’Arréou. Lors de la seconde rencontre, l’animal se serait montré agressif envers l'homme et s’en est pris à sa chienne Voxie, qui a chuté d’une trentaine de mètres.

La montagne, Daniel Delteil la connaît bien. Depuis dix ans, cet éleveur ovin installé à Soula monte chaque été avec ses brebis sur le groupement pastoral d’Arréou. Mais rien ne l’avait préparé à vivre, à deux reprises en seulement quinze jours, un face-à-face aussi rapproché avec un ours. Une rencontre qui a profondément marqué l’éleveur et qui a bien failli coûter la vie à sa chienne.


« Aujourd’hui, l’ours s’est adapté. Il attaque autant le jour que la nuit. »

À Arréou, des attaques qui se multiplient

Sur l’estive d’Arréou, les rencontres avec l’ours ne sont plus exceptionnelles. Depuis le début de la saison, « environ 45 brebis ont été prédatées et une vingtaine sont toujours portées disparues », indique l’Ariégeois.

Les chiens de protection sont eux aussi mis à rude épreuve. 


« Nous avons sur place dix patous qui sont très fatigués de faire le travail de nuit et de jour », explique Daniel Delteil.


Car selon l’éleveur, l’ours ne concentre plus ses attaques sur la nuit. « Aujourd’hui, il s’est adapté. Il attaque tout autant le jour ». Un constat que Daniel Delteil va vivre directement, à deux reprises, en l’espace de quinze jours.

« C’était la première fois que je voyais un ours d’aussi près »

La première rencontre remonte au 25 juillet dernier, alors que l’éleveur part à la recherche de l’une de ses brebis.


« Je remontais une brebis du fond de l’estive. Elle s’est arrêtée dans la brume, puis a fait demi-tour et est partie tout droit. J’ai eu du mal à comprendre ce qui lui arrivait, je n’avais jamais vécu une situation comme celle-là. Et là, quatre ou cinq secondes plus tard, j’ai vu l’ours arriver. »


À environ huit mètres de lui, l’animal s’arrête. Paniqué, Daniel Delteil tente alors de le faire reculer en lui lançant des cailloux, sans succès.


« Le fait de lui jeter des cailloux, c’est un instinct de survie. À ce moment-là, on est en mode survie. C’était la première fois que je voyais un ours d’aussi près. Il n’a pas bougé. Il s’est mis à grogner, puis il est parti en marchant. Il avait une attitude très sûre de lui. Aucune peur de l’humain ».


Une première confrontation aussi brève qu’inattendue, qui va pourtant laisser l’éleveur sur ses gardes. Quelques jours plus tard, il sera de nouveau face à l’ours, dans des circonstances autrement plus inquiétantes.

« Il avait la gueule ouverte, il était prêt à en découdre »

Vendredi dernier, soit une semaine jour pour jour, Daniel Delteil est de nouveau confronté à l’animal. Cette fois, l’éleveur est parti avec sa chienne Voxie à la recherche d’un patou de l’estive, disparu depuis trois jours et aperçu peu auparavant à proximité d’une falaise.


« J’ai aperçu le patou au fond de l’estive. J’ai avancé avec ma chienne, qui était à environ quinze mètres de moi. Puis elle a fait un temps d’arrêt, s’est mise à aboyer, et un ours s’est jeté sur elle », raconte-t-il.


Voxie est alors poursuivie par l’animal dans une zone rocheuse. Dans sa fuite, elle finit par dévaler la falaise et chute d’une trentaine de mètres.

Daniel Delteil, lui, se retrouve face à l’ours.


« J’ai juste eu le temps de retirer mon sac avant qu’il arrive vers moi. Il est arrivé la gueule ouverte, en grognant, la patte levée vers moi. Il était prêt à en découdre. »


Pris de court, l’éleveur vide alors son sac pour tenter de tenir l’animal à distance : duvet, jumelles, boîte de pâté… Tout y passe.


« À ce moment-là, il s’est arrêté à trois mètres de moi. Ce n’était pas un comportement d’intimidation. On connait les animaux, on reconnaît leurs regards. Là, c’était un comportement agressif », affirme-t-il.


Finalement, après de longues minutes, l’ours fera demi-tour « relativement serein, au pas », alors que quelques mètres plus bas, Voxie gît au pied de la falaise.

« Je l’ai retrouvée presque inanimée en bas. J’ai cru qu’elle était morte. »

Une chienne grièvement blessé

Pour Voxie, le bilan est lourd : une patte sectionnée, cinq côtes cassées, un traumatisme au niveau du bassin, deux hémorragies internes et un hématome à la tête.


« Son état est préoccupant, elle est toujours suivie par le vétérinaire, mais si elle arrive à tenir jusqu’à la fin de la semaine, elle sera tirée d’affaire », confirme l’éleveur.

Un « avant et après » pour l’éleveur

En dix ans d’estive à Arréou, Daniel Delteil a appris à composer avec les réalités de la montagne. Mais ces deux rencontres rapprochées avec l’ours ont changé son rapport au risque.

Car cette fois, l’ours n’était pas seulement une menace pour le troupeau. Il était là, à quelques mètres de lui.


« À ce moment-là, on pense à sa famille, à ses enfants qu’on ne reverra peut-être pas, à la chienne qui a dévalé la falaise, à ce qui peut se passer. On se met en mode survie et on essaie de tout faire pour que l’ours s’en aille et s’enfuie. »


Au-delà de la peur, l’éleveur ressent aujourd’hui un sentiment d’abandon chez les professionnels de la montagne.


« Aujourd’hui, les éleveurs ne se sentent pas soutenus, ni entendus par rapport au danger qu’ils peuvent vivre en montagne. Les éleveurs et les bergers sont régulièrement confrontés à l’ours, avec des rencontres de plus en plus proches et agressives. On a des animaux depuis qu’on est tout petit. On est capables de voir si un animal vient vers nous pour nous intimider ou pour en découdre. Et là, c’était pour en découdre. »