La scène a été aussi spectaculaire qu'inattendue. Mardi 7 juillet, en pleine canicule, un CRS mobilisé pour assurer la sécurité de la 4e étape du Tour de France a été victime d'un violent malaise à quelques mètres de la ligne d'arrivée. Les premiers à intervenir ? Des militants de la CGT, installés juste derrière les barrières.
« Il commençait à s'écrouler doucement »
Sous une chaleur écrasante, la canicule a rappelé qu'elle ne faisait aucune distinction. Spectateurs, bénévoles, sportifs ou forces de l'ordre : personne n'échappe aux températures extrêmes.
En poste depuis plusieurs heures dans une niche aménagée derrière les barrières de sécurité, au plus près de la ligne d'arrivée, un CRS chargé de sécuriser le parcours commence soudain à vaciller avant de s'effondrer.
À quelques mètres de là, l'Union départementale CGT de l'Ariège tient un stand à l'occasion du passage de la Grande Boucle. Les militants distribuent des bouteilles d'eau et rafraîchissent les spectateurs à l'aide de pulvérisateurs.
« On voyait qu'il avait très chaud. On lui mettait aussi un peu d'eau pour le rafraîchir, comme on le faisait avec tout le monde », raconte Patrice Chevalier, secrétaire adjoint de l'Union départementale CGT Ariège.
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Puis la situation bascule en quelques secondes. Magali, une militante cheminote, remarque que le policier est en train de perdre connaissance.
« Elle a vu qu'il tournait de l'œil et qu'il commençait à s'écrouler doucement », poursuit le syndicaliste.
« Étranglé par son gilet pare-balles »
Sans hésiter, les militants se précipitent pour lui venir en aide.
« On avait des sulfateuses, on avait de l'eau, on aspergeait tout le monde et les passants, on donnait de l'eau à ceux qui en avaient besoin. Lorsqu'on a vu le CRS tomber, de suite, on a pris des bouteilles d'eau pour l'asperger parce qu'on en a déduit qu'il avait pris un coup de chaud. On a essayé de le maintenir conscient, ça n'a pas suffi. Il s'est écoulé de tout son poids, donc il est tombé dans ce petit dispositif, un endroit qui était fermé. »
Mais la chute aggrave encore la situation. En s'effondrant, le gilet pare-balles du policier se coince dans la grille métallique du dispositif de sécurité, compliquant considérablement son dégagement.
« En tombant, son gilet pare-balles s'est coincé derrière dans la grille, et ça l'étranglait. Je ne sais pas comment il a fait, mais ça a rendu l'opération plus délicate car nous n'arrivions pas à le relever parce que nous, on était de l'autre côté des barrières, donc c'était compliqué à bout de bras. Et puis le monsieur faisait son poids. Mais très vite, il y a une camarade, Magalie, qui l'a pris en charge. »
Dans son malheur, le CRS s'est écroulé à proximité de personnes capables d'intervenir rapidement. Parmi les militants présents se trouvait une infirmière, qui lui prodigue immédiatement les premiers soins en attendant l'arrivée de ses collègues.
« Ça a duré, il a perdu connaissance, pendant plus d'une minute avant que ses collègues CRS ne le prennent en charge. »
Le temps d'un sauvetage, la barrière s'efface
Au-delà du malaise, l'épisode revêt une portée hautement symbolique. Pendant quelques minutes, syndicat et forces de l'ordre, souvent opposés lors des mouvements sociaux, se sont retrouvés unis par une seule priorité : sauver une vie.
Pour Patrice Chevalier, il ne s'agissait pourtant de rien d'autre qu'un réflexe humain.
« On n'a fait que réagir comme n'importe qui l'aurait fait. »
Avant de conclure avec une pointe d'ironie :
« Je pense que les CRS ont été un peu surpris que la CGT leur porte secours. On est plutôt habitués à être dans la confrontation lors des mouvements sociaux. Là, on a simplement fait ce qu'il fallait faire. »