Alors que plusieurs centaines d’agriculteurs manifestaient ce mardi 27 janvier à Toulouse et que deux éleveurs ariégeois étaient placés en garde à vue, Philippe Lacube, président de la Chambre d’agriculture de l’Ariège, a livré un diagnostic sans détour lors de la cérémonie de ses vœux. Devant les acteurs institutionnels du département et le préfet, il a alerté sur la crise sanitaire, les revenus agricoles, la PAC, le Mercosur et la présence de l’ours, appelant l’État à prendre enfin des décisions claires.
« Ce n’est pas les CRS qu’il faut nous envoyer, Monsieur le Préfet, ce sont des décisions »
Dès l’ouverture de son discours — et à nouveau en conclusion — Philippe Lacube s’est adressé directement au préfet de l’Ariège :
« Ce n’est pas les CRS qu’il faut nous envoyer, Monsieur le Préfet, ce sont des décisions. Si vous voulez calmer le département et qu’on retourne dans nos fermes tranquillement, il nous faut une vision, une décision. Tant qu’elle ne sera pas là, les semaines vont être longues et compliquées. Si le gouvernement ne prend pas de décision sur la DNC, ça va être compliqué. »
Un message fort, prononcé dans un contexte social tendu et alors que la profession traverse une crise sanitaire et économique majeure.
Une pensée pour les éleveurs frappés par les abattages
Le président de la Chambre d’agriculture a d’abord évoqué les conséquences humaines de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) :
« J’ai une pensée pour la famille Vergé aux Bordes, la famille Dandeau à Léran et la famille Lapeyre à Buzan, des gens qui ont subi de plein fouet l’abattage, avec tout le traumatisme que ça peut amener. »
« 75 000 animaux vaccinés en deux semaines »
Philippe Lacube est ensuite revenu sur la mobilisation exceptionnelle de la profession :
« En deux semaines et demie, on a vacciné quasiment 75 000 animaux, tout le monde s’y est mis. » Il a également souligné le rôle des syndicats et de la Chambre d’agriculture :
« Cette crise a amené des réactions fortes du syndicalisme, qui étaient normales. Nous avons essayé de tenir notre rang pour maintenir le dialogue et être force de propositions, toujours aux côtés des syndicats. »
DNC : « Arrêtons les abattages systématiques »
L’élu a défendu le protocole alternatif proposé par la profession, resté sans réponse selon lui :
« Nous avons été en quelque sorte précurseurs. Aujourd’hui ce protocole est toujours en cours, avec peu voire pas de réponses. Pour nous, c’est insupportable. Il nous faut des décisions. »
À l’approche des transhumances, il a mis en garde contre une situation qu’il juge irréaliste : « Le jour où 1 600 bêtes montent ensemble et qu’on découvre un veau positif, on fait quoi ? On abat 1 600 bêtes ? C’est impossible. »
Une filière viande locale créée en urgence
Dans ce contexte, Philippe Lacube a salué la mise en place rapide d’une filière viande locale afin de permettre aux éleveurs en zone vaccinale de commercialiser leurs bovins. Éleveurs, coopératives, syndicats, acheteurs et collectivités se sont accordés sur une grille tarifaire commune pour soutenir la filière.
Mercosur, revenus agricoles et PAC : une équation explosive
Sur le plan économique, le président de la Chambre d’agriculture s’est montré très critique envers l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur, jugé :
- « dangereux pour la santé publique »
- « cadenassé par Ursula von der Leyen au détriment des territoires »
avec l’arrivée de viandes ne respectant pas les normes françaises, destinées notamment aux produits transformés.
Il a aussi rappelé l’ampleur des inégalités de revenus :
- 18 000 € annuels en moyenne en Occitanie
- 49 000 € au niveau national
« Il y a une véritable fracture entre le nord et le sud. »
Autre inquiétude majeure : une possible baisse de 25 % du budget de la PAC.
« En Ariège, cela représente 75 millions d’euros, soit 30 % du PIB agricole. »
Un secteur qui pèse, au total, entre 220 et 230 millions d’euros dans le département.
Ours et gestion de l’eau : des décisions « sans concertation »
Après avoir salué le travail engagé avec le Département sur la gestion de l’eau, Philippe Lacube a conclu sur le dossier sensible de l’ours, dénonçant une nouvelle fois des décisions prises sans les éleveurs :
« Il faut faire de la régulation, être transparents et permettre aux éleveurs de se protéger. »


