Garde à vue de 52 paysans à Paris : « du jamais vu », dénoncent deux éleveurs ariégeois

Rédigé le 22/01/2026
Stephanie Leborne

Le 14 janvier dernier, 52 paysans ont été interpellés à Paris alors qu’ils manifestaient devant une annexe du ministère de l’Agriculture. Parmi eux, deux éleveurs ariégeois et responsables syndicaux de la Confédération paysanne : Laurence Marandola et Virgile Dumas.

Comme leurs camarades, ils ont été placés en garde à vue après une plainte déposée par la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, pour dégradation en bande organisée. Après plus de vingt heures de privation de liberté, ils ont été relâchés. L’affaire a finalement été classée sans suite par le parquet.

Les deux agriculteurs dénoncent un épisode « extrêmement violent et inquiétant », qu’ils qualifient de « jamais vu en France ».

« Ils ont écarté la moitié d’entre nous »

Environ 150 paysans participaient à cette mobilisation devant la Direction générale de la performance économique. L’action se voulait symbolique et pacifique.

« Il s’agissait simplement de déployer des banderoles après des mois sans réponse de la ministre », explique Laurence Marandola.

Vers 16 heures, l’intervention policière débute :

« Ils sont arrivés de tous côtés et nous ont encerclés. Ils ont commencé par nous nasser, en écartant la moitié d’entre nous. Cela a duré au moins une heure. »

Peu après, la décision tombe : 52 manifestants sont interpellés.

« Un espace où l’on est privé de ses droits »

Vingt personnes, dont Laurence Marandola, sont conduites dans un commissariat du nord de Paris, puis réparties dans différents établissements.

« On m’a juste dit : “vous allez en garde à vue.” »

Placée en cellule pendant plus de vingt heures dans le 18ᵉ arrondissement, elle décrit une expérience éprouvante :

« La garde à vue, c’est un espace où l’on est privé de ses droits : pas de téléphone, pas de contact avec l’extérieur. On était six par cellule, parfois onze ou douze. Peu d’intimité, peu d’accès à l’eau ou aux toilettes. C’est une pression permanente. »

Elle souligne néanmoins l’attitude de certains policiers :

« Beaucoup ont montré de l’empathie. Une policière avait même les larmes aux yeux en parlant de la situation agricole. Mais cela n’efface pas la violence de ce qui nous est arrivé. »

Pour elle, cette interpellation constitue avant tout une attaque contre son syndicat :

« Il n’y avait aucun motif valable. C’est une privation de droits grave et une violence politique contre la Confédération paysanne. »

« Parqués comme des animaux »

Virgile Dumas, lui aussi placé en garde à vue dans le 13ᵉ arrondissement, raconte une scène similaire :

« On a été parqués comme des animaux, fouillés, puis transportés en bus. Les locaux ne sont pas réjouissants, mais on était en groupe, ça a aidé. »

Il évoque des différences de traitement :

« Nous avons eu un traitement plutôt correct, mais certains collègues des DOM-TOM n’ont même pas pu voir de médecin, seulement recevoir un Doliprane. »

Et conclut :

« J’en garde un profond dégoût de l’État. Trois porte-parole syndicaux en garde à vue en même temps, c’est du jamais vu depuis plus de cent ans. »

« Où est la démocratie ? »

Laurence Marandola s’interroge : « Où sont les droits syndicaux ? Pourquoi la Confédération paysanne est-elle ainsi malmenée, alors que d’autres syndicats comme la FNSEA manifestent sans être inquiétés ? »

La Confédération paysanne envisage désormais de déposer plainte pour arrestation abusive.