Dans la salle de lecture des mammographies du centre hospitalier du Val d'Ariège (CHIVA), un nouvel assistant s'est discrètement installé aux côtés des radiologues. Son nom : "Transpara". Sa mission : aider les médecins à détecter plus efficacement les cancers du sein.
Déjà largement utilisée dans le domaine médical, notamment pour assister les interventions chirurgicales, personnaliser certains traitements ou encore assurer le suivi des patients, l'intelligence artificielle franchit désormais une nouvelle étape en s'invitant dans l'aide au diagnostic. Depuis deux mois, le CHIVA expérimente cet outil d'analyse dans le dépistage des cancers du sein.
« Un outil utile et rassurant »
Chaque semaine, entre 50 et 60 mammographies sont réalisées au CHIVA. Pour les radiologues, l'IA ne change pas la manière de poser un diagnostic, mais apporte un regard supplémentaire sur chaque examen.
« Je considère que l’intelligence artificielle, c’est un outil utile et rassurant. Elle nous aide à la détection des lésions mammaires, nous accompagne dans l’analyse des images, même si elle ne remplace absolument pas notre travail. En revanche, lorsqu’il y a de la fatigue, un manque d’attention ou un doute, elle peut nous conforter dans notre analyse ou, au contraire, nous inciter à demander des examens complémentaires pour vérifier que nous ne passons pas à côté de quelque chose. », explique Samantha Nabet, médecin radiologue.
Concrètement, le logiciel passe en revue les clichés de mammographie, en 2D comme en 3D, et attribue à chaque image un niveau de risque. Les zones jugées suspectes sont automatiquement signalées au radiologue, qui conserve la responsabilité de l'interprétation finale.
« Ça peut concerner des zones que nous n’aurions pas forcément identifiées, d’autres que nous aurions vues sans nécessairement nous y arrêter au premier regard, ou encore des anomalies que nous avions déjà repérées. Dans ce cas, l’intelligence artificielle vient simplement conforter notre analyse et notre diagnostic. », poursuit le docteur Nabet.
Six cancers détectés chaque semaine
Premier cancer chez la femme, le cancer du sein représente un tiers des cancers féminins. En France, plus de 61 000 nouveaux cas ont été recensés en 2023. Parce qu'il évolue souvent sans symptôme au début de la maladie, le dépistage reste l'un des principaux leviers pour améliorer les chances de guérison.
Au CHIVA, les chiffres parlent d'eux même. Sur une soixantaine de mammographies réalisées chaque semaine, environ six cancers sont diagnostiqués, soit un nouveau cas presque chaque jour.
« On observe aujourd’hui des cancers du sein chez des femmes de plus en plus jeunes, parfois même avant 40 ans », constate le docteur Hasna Hariz, également radiologue au CHIVA. « Cela s’explique peut-être aussi par le fait que nous en détectons davantage, à des tailles infracentimétriques, c’est-à-dire inférieures à un centimètre. Mais quoi qu’il en soit, ces situations deviennent de plus en plus fréquentes, au point que les autorités envisagent d’élargir les recommandations de dépistage dès l’âge de 45 ans, contre 50 ans actuellement. C’est déjà le cas dans d’autres pays.»
Une aide, jamais un remplaçant
Pour les médecins, l'intérêt de l'intelligence artificielle est aussi organisationnel. En validant les examens ne présentant aucune anomalie, elle permet de consacrer davantage de temps aux dossiers les plus complexes.
Aujourd'hui, « environ 10 % des personnes reçues en consultation se révèlent être touchées par la maladie », rappelle le docteur Hasna Hariz.
Mais les deux radiologues insistent sur un point : aussi performante soit-elle, l'intelligence artificielle ne remplace ni l'expérience clinique, ni l'examen du patient.
« L’intelligence artificielle nous aide à gagner du temps lors des vacations. Lorsque je considère qu’une mammographie est normale et que l’IA confirme mon analyse, cela me permet d’avancer plus rapidement. En revanche, elle ne remplace pas le radiologue. Nous en avons encore eu l’exemple récemment : une patiente présentant des symptômes est arrivée avec une masse palpable, apparue récemment. L’IA ne l’avait pas détectée, mais nous avons pu l’identifier grâce à l’échographie et à l’IRM. Cet exemple montre que, si l’intelligence artificielle est une aide précieuse, elle ne remplace pas à l’expertise médicale. »


