Lavelanet, des usines aux idées

Rédigé le 03/02/2026
Klervie Vappreau

Un jour à Lavelanet : explorez le passé industriel, les traditions locales, le textile, et les projets culturels qui redonnent vie à cette ville d’Ariège.

Les secrets du passé : du casino aux tourelles de la mairie

À Lavelanet, chaque rue, chaque façade raconte une histoire. Le casino municipal, inauguré en 1934, est un bâtiment typique de l’art déco, avec ses lettres colorées et sa façade remarquable. Son nom reste mystérieux, car on n’y a jamais joué, mais il a accueilli dès son ouverture des spectacles, comme l’opérette Les trois jeunes filles nues, marquant le début d’une longue tradition de concerts et animations.

Non loin de là, l’esplanade de la Concorde surplombe la rivière Touyre, recouverte artificiellement entre 1951 et 1953. À proximité, l’ancien hôpital Joffre, construit en 1979 et aujourd’hui réhabilité en appartements, bureaux et espaces de coworking, témoigne de la transformation de la ville. Le marché couvert, inauguré en 1957, reste un cœur vivant de Lavelanet, où concerts, spectacles et activités associatives rythment la vie locale.

La mairie, construite en 1891 par Étienne Bastide, présente des tourelles inspirées du château de Léran, des vitraux et des faïences réalisées par les grands faïenciers toulousains. Son bureau du maire conserve les armoiries de la ville, symboles des seigneurs de Lavelanet et de son histoire médiévale. La galerie des portraits des maires et la salle du conseil illustrent les personnalités qui ont façonné la ville, comme Jean-Baptiste Clausel, premier maire de la ville.

Quand le textile façonnait Lavelanet

Archives des amis du musée du textile et du peigne en Corne

Lavelanet a été profondément marquée par l’industrie textile, avec des usines qui ont transformé la laine locale et les laines mérinos importées d’Argentine en tissus réputés. Après le début du textile à Laroque d’Olmes, la ville devient le premier centre français de textile cardé en 1973, avec un savoir-faire qui s’étendait aux tissus pour automobiles, sous-marins et fusées aériennes.

On était fiers lorsqu’on allait dans un salon en Allemagne, en Italie, de dire : on vient de Lavelanet, alors que sur place, on ne savait même pas où était l’Ariège ! – Michel Centenero, Ancien directeur de l’usine Dumons

Les ouvriers, artisans et familles vivaient au rythme des usines, souvent 24h/24. La rivière Touyre, utilisée notamment pour les machines et la teinture, portait alors les traces de cette production intense.

Lavelanet a pris une gifle, les gens ont été écrasés, ça a été la chute. Même dans la ville, on a eu l’impression qu’on n’allait pas se relever – Sylvette Saboy, historienne

Avec le déclin du textile dans les années 1980, de nombreux artisans ont dû se reconvertir, et la population a diminué, mais l’esprit industriel et la mémoire des savoir-faire restent vivants grâce aux initiatives locales.

Le musée : un voyage au cœur des métiers d’antan

Le musée du textile et du peigne-en-corne, installé dans une ancienne usine, raconte cette histoire industrielle et artisanale. Les visiteurs découvrent le filage de la laine, le tissage manuel et mécanique, et les outils qui ont évolué du néolithique au XXIe siècle. Chaque machine et chaque objet illustrent la richesse des techniques locales, et des démonstrations montrent comment la fibre devient tissu, révélant le rôle central des habitants dans le développement du territoire.

Les collections mettent en valeur le savoir-faire artisanal, les objets liés aux métiers à domicile, les machines industrielles et les innovations qui ont marqué Lavelanet. Ce musée est un véritable voyage dans le temps, retraçant jusqu’à 250 ans d’activité textile.

Géraldine Tustes et Caroline Rouch, de l’équipe du musée

Renaissance industrielle : l’Art d’Assemblée

Des friches industrielles renaissent sous de nouvelles formes. Le projet L’Art d’Assembler, porté par Benoît Combes, transforme une ancienne usine de 1500 m² en un lieu polyvalent : ateliers pour artisans et artistes, salle de spectacle, meublés pour compagnies en résidence et restaurant tenu par deux entreprises locales.

La friche, qui deviendra L’Art d’Assembler. Crédit Oneshot vidéo

C’était une évidence. Quand j’ai vu cette partie du bâtiment avec le toit en Shed, avec ce rail, je me suis dit, c’est là. – Benoit Combes, fondateur du projet l’Art D’assembler

La rénovation conserve le patrimoine architectural, comme la charpente métallique, le toit en Shed et les rails d’origine. Artisans et artistes pourront y créer et exposer, faisant dialoguer patrimoine, création et économie locale.

À Lavelanet une ancienne friche industrielle renaît sous les doigts de Céline Guédon et Maithé Bru. Dans cet atelier de feutrage et de couture, le bois et le tissu racontent le patrimoine textile d’une ville qui a longtemps vécu au rythme des métiers manuels. Chaque tapis ou décoration murale naît d’un savoir-faire minutieux, où les mains tissent avec précision des fils tendus, héritage d’une tradition qui semblait disparaître après la fermeture des draperies Laffont dans les années 1980.

Des fils tendus, quelque part, on pourra toujours se faire des vêtements. – Maithé Bru

Lavelanet, ville vivante : culture et convivialité

Le cercle Occitan à Lavelanet

on n’a pas à se demander pardon de parler Occitane, c’est notre langue à nous ! – Association Cercle Occitan

La langue Occitane se vit et se partage chaque semaine grâce au Cercle Occitan du Pays d’Olmes et de Mirepoix. Chaque jeudi, débutants et initiés se retrouvent pour des cours mêlant chant, lecture et conversation, dans une ambiance conviviale et immersive. L’objectif va bien au-delà de l’apprentissage : il s’agit de rendre à l’Occitan, longtemps dénigré comme « patois », sa dignité de langue à part entière, avec sa grammaire, sa syntaxe et sa conjugaison. Pour les participants, c’est aussi l’occasion de renouer avec un héritage vieux de sept siècles, de transmettre le patrimoine culturel local et de renforcer le lien entre générations autour d’une langue vivante et pleine de sens.

À travers le Royaume des poupées, Simone Santoro et sa fille Karine ouvrent un univers où le temps semble suspendu. Après cinquante ans de collection, près de 1 500 poupées, certaines datant du début du XXᵉ siècle, trouvent enfin leur place à la lumière, loin des cartons où elles dormaient. Ici, chaque poupée a une histoire et conserve son authenticité : aucune n’a été restaurée, elles sont restées dans leur « jus », témoins d’enfance et de Noëls passés. Les visiteurs, petits ou grands, sont touchés par cette nostalgie palpable : souvenirs intenses, émotion des premiers jouets, douceur du temps révolu. Dans ce lieu calme et poétique, l’art de collectionner devient un hommage à l’enfance, et à la mémoire vivante des objets qui traversent les générations.

les poupées vivront mille ans – Simone Santoro

Tisser du lien à Lavelanet

Au cœur de la ville, la librairie Les Tisseurs de Mots a rouvert un espace longtemps attendu par les habitants. Noémie Hamel et Martin Omer-Decugis ont voulu créer un lieu qui ne soit pas seulement une librairie, mais aussi un espace de partage, incluant un coin jeux de société pour compléter l’expérience. Installés dans un local chargé d’histoire, celui de l’ancienne librairie Bruel, fréquentée pendant plus de 40 ans, ils ont su raviver la mémoire affective des lavelanétiens. Ici, on retrouve une offre éclectique allant de la BD jeunesse au polar, en passant par les sciences humaines et le manga. Rapidement adopté par la communauté, le lieu s’est imposé comme un espace vivant où l’énergie des visiteurs contribue autant que celle des libraires à l’animation des rayons, dans une ambiance conviviale où il est permis de parler fort et de partager pleinement sa passion pour la lecture.

Pour beaucoup de gens, c’était la possibilité de retrouver l’endroit où ils avaient écouté leurs premiers vinyles, des Stones, quand ils étaient jeunes, les souvenirs de fournitures scolaires, l’odeur de cartables. – Noémie, Librairie les tisseurs de mots

La fête de la noisette, célébrée depuis 25 ans, rassemble habitants et artisans autour de concours, dégustations et animations, illustrant le rôle des traditions dans la vie collective et le lien social. Ces événements démontrent que Lavelanet est bien plus qu’une ville d’histoire : c’est un lieu vivant, où la culture se transmet et se partage.

Sur deux roues et au fil de l’eau : nature et patrimoine

Pour découvrir le territoire autrement, la Voie verte suit une ancienne ligne ferroviaire sur 38 km, reliant Lavelanet à Mirepoix et connectant à un réseau de voies vertes régionales. Entre histoire industrielle et balade bucolique, la voie verte des Pyrénées cathares invite à un voyage unique sur les traces des filatiers. Ancienne ligne de chemin de fer inaugurée en 1903 pour relier Mirepoix à Lavelanet, elle servait autrefois au transport de voyageurs, de courrier et surtout de marchandises textiles.

Aujourd’hui transformée en chemin multi-activités, elle déroule 38 km de paysages variés : de la cité médiévale de Mirepoix aux villages fortifiés de Lagarde et Camon, en passant par les tunnels et ponts le long de l’Hers. Les amateurs de patrimoine ne manqueront pas le château de Lagarde ou l’abbaye forteresse de Camon, tandis que les pauses rafraîchissantes à Montbel et l’artisanat local du Peyrat rappellent le lien vivant entre histoire et nature. Accessible à toutes les mobilités non motorisées, le parcours, vallonné mais agréable, promet une immersion à la fois culturelle et sportive dans l’Ariège.

Chaque coup de pédale raconte une histoire – Cécile Pubill, office du tourisme des Pyrénées Cathares

Lavelanet aujourd’hui : entre héritage et modernité

Aujourd’hui, Lavelanet se réinvente entre patrimoine, artisanat et vie sociale, tout en valorisant ses anciennes industries et traditions. Ses rues, ses ateliers, ses associations et ses événements révèlent une ville où histoire, créativité et convivialité se conjuguent, offrant aux habitants et visiteurs une expérience immersive dans le Pays d’Olmes.

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