C’est une ligne ferroviaire emblématique qui est aujourd’hui au coeur des préoccupations et des inquiétudes des cheminots de l’Ariège. La ligne de train Toulouse – Latour-de-Carol – seul accès qui permet actuellement aux habitants de la haute Ariège de ne pas être coupés du monde à la suite d’un éboulement sur la RN20 – est pourtant menacée, expliquent les syndicats des cheminots.
«C’est dû à des choix que l’on condamne depuis des années, des choix politiques, et des manques d’investissement.», explique Patrice Chevalier, co-secrétaire du syndicat CGT Cheminot de l’Ariège.
300 points critiques entre Foix et la Tour de Carol
Défauts de géométrie de la voie, vétusté des équipements : le constat dressé par les conducteurs « sur la portion de ligne entre Foix et la Tour de Carol » est sans appel :
« On est aujourd’hui à la limite des normes, alerte Patrice Chevalier. Nous avons reçu en juillet dernier, une alerte qui nous paraissait assez grave, une alerte que l’on appelle dans le jargon cheminot, ‘une alerte patrimoine’ qui émanait du CSE. On a donc fait un travail d’inventaire au niveau des syndicats, et on a relevé trois cent points critiques entre Foix et la Tour de Carol, ce sont des défauts de géométrie de voie, ça peut être des fragilités de rail, on a relevé aussi un ripage de voie assez important de 33 centimètres, donc une voie qui est décalée de 33 centimètres. »
« Demain, il peut y avoir un accident majeur ferroviaire »
Une situation jugée préoccupante, qui a conduit les cheminots à se mobiliser, notamment le 7 février dernier : « On ne fait pas grève pour revendiquer des choses personnelles. On ne fait pas grève pour demander plus de salaire, pour demander à partir la retraite plus tôt, ou pour travailler moins : aujourd’hui, on fait grève pour alerter sur les installations qui sont vétustes, autant sur la voie que les installations, et j’englobe les signalisations et tout ce qui va avec. Nous estimons qu’aujourd’hui, face aux incidents à répétition qu’il peut y avoir, demain, un accident majeur ferroviaire, c’est pour ça que nous sommes là, en tant que lanceurs d’alerte ».
« Au lieu de réparer durablement, on fait du curatif »
Une vétusté qui s’est installée au fil du temps à cause d’un manque d’entretien, assure Joan Lasmolles, délégué syndical Sud Rail : « Au lieu de réparer durablement, on fait du curatif, et ce curatif cumule les pannes, de plus en plus nombreuses. Aujourd’hui, cette ligne est à bout de souffle et on lui demande d’absorber l’urgence. C’est pour qu’on intervient en disant attention. Le réseau a manqué d’entretien, et cela a une incidence directe sur les retards des usagers. On constate de plus en plus de pannes : signalisation, passages à niveau, circuits électriques, infrastructures et installations de sécurité. Tous ces systèmes se déclenchent faute d’entretien, ce qui nous oblige à appliquer des procédures qui génèrent des retards. »
« Nous sommes très inquiets et nous exigeons des réponse »
« Nous interrogeons sur le projet de la direction pour cette ligne.» Ainsi, la vétusté du réseau fait craindre le pire aux cheminots pour l’avenir de la ligne. « Les usagers sont mécontents : les installations sont de moins en moins fiables et la régularité est catastrophique depuis la fin de l’an dernier. Tous ceux qui prennent le train peuvent en témoigner. Aujourd’hui, nous sommes très inquiets et nous exigeons des réponses sur le projet de la direction pour cette ligne », affirme Nicolas Delpé, conducteur à la SNCF.
Mêmes interrogations pour Patrice Chevalier : « Nous n’avons plus les moyens humains pour entretenir le réseau ou intervenir sur les points critiques : on ne fait que gérer l’urgence. Ce réseau, très contraint par les aléas climatiques, devrait être davantage surveillé. Devant ce manque d’entretien, on crains une fermeture de la ligne à moyen terme. »
« On ne sait plus qui contacter » : le flou des responsabilités met les cheminots en détresse
À Foix, les syndicats de cheminots tirent la sonnette d’alarme sur les conditions de travail au sein de la SNCF, pointant non seulement un malaise organisationnel, mais aussi des conséquences humaines tragiques.
« On s’est retrouvé par exemple devant une agent de circulation qui a craqué, qui a pleuré sur son poste de travail, alors qu’elle est aiguilleur, et qu’elle est sur un poste de sécurité. On ne veut pas faire pleurer dans les chaumières, mais au mois de janvier, il y a eu quatre cheminots qui se sont suicidés dans le groupe public unifié », alerte Patrice Chevalier, co-secrétaire du syndicat CGT Cheminot de l’Ariège.
De son côté, Joan Lasmolles, conducteur de train et délégué syndical Sud Rail, dénonce un flou persistant sur la répartition des responsabilités :
« La direction, c’est un petit peu la balle au camp. Chacun se renvoie la balle et on n’a jamais le bon interlocuteur. Alors, on a multiplié les démarches pour essayer justement d’avoir le meilleur interlocuteur, chacun dans nos services, mais entre la région qui est autorité organisatrice, SNCF Réseau qui gère le réseau, Voyageurs pour les gares, en fait, on ne sait plus qui sont nos interlocuteurs. On a d’ailleurs demandé, dans nos revendications, d’avoir quelqu’un qui fasse le lien entre tous ces interlocuteurs, qu’on puisse faire avancer les choses une bonne fois pour toutes. »


