Le projet de réintroduction du castor refusé en Ariège

Rédigé le 02/04/2026
Élina Lacoste

Le préfet de l’Ariège a rejeté le 27 février 2026 le projet de réintroduction du castor porté par l’association A l’eau Castor. Un dossier qui divise entre enjeux écologiques, avis scientifiques et oppositions locales.


C’est un nouveau coup dur pour les défenseurs du castor en Ariège. Après un premier avis défavorable du conseil scientifique régional en août 2025, la préfecture a confirmé le rejet du projet de réintroduction. Une décision anticipée par l’association, qui avait choisi de retirer son dossier en amont. “On s’y attendait quand même”, reconnaît Jean Dénat, coprésident et trésorier. L’objectif était d’éviter qu’un refus officiel ne bloque durablement toute tentative future. Le projet s’est heurté à des réticences du monde agricole et de certains acteurs de la gestion des rivières.

Le castor, une “espèce ingénieure”

Si l’association défend cette réintroduction, c’est avant tout pour les effets du castor sur les milieux naturels. Considéré comme une “espèce ingénieure”, l’animal transforme son environnement en construisant des barrages, créant ainsi de nouveaux habitats. Le projet visait notamment des rivières comme l’Hers et la Lèze , jugées favorables à son installation. 

Les aménagements naturels du castor permettraient de ralentir l’eau, de restaurer des zones humides et de soutenir les nappes phréatiques. “Il ralentit l’arrivée de l’eau et permet de diminuer le pic de crues”, poursuit-il. Un point crucial dans un territoire confronté à des crues éclairs mais aussi à des périodes de sécheresse. Daniel Strub insiste sur cette logique, “ il faut garder l’eau sur le territoire là où elle tombe”.  Selon lui, les barrages de castors peuvent retenir une part importante des crues et restituer l’eau progressivement, contribuant à atténuer les extrêmes hydrologiques.

Des bénéfices reconnus mais jugés incertains

Dans son analyse, le conseil scientifique régional ne remet pas en cause l’intérêt écologique du castor. Le rapport souligne que l’animal favorise la diversification des habitats aquatiques et rivulaires, enrichit la biodiversité et peut améliorer la résilience des milieux face aux événements extrêmes comme les crues ou les sécheresses.

Mais ces bénéfices ne sont pas systématiques. Les scientifiques évoquent aussi des effets potentiellement négatifs selon les contextes : eutrophisation, modification de la température de l’eau, fragmentation de certains milieux ou encore impacts sur la ripisylve. Surtout, ils pointent un manque de données à l’échelle globale des écosystèmes.

Une lecture contestée par l’association

Ces conclusions sont en partie contestées par les porteurs du projet. “Là où il y a des barrages de castors, vous avez une démultiplication de la biodiversité”, affirme Daniel Strub, qui évoque de nombreuses études internationales allant dans ce sens.

Selon lui, le castor recréer une mosaïque de milieux en constante évolution, favorable à de nombreuses espèces. L’association met aussi en avant des effets sur la qualité de l’eau. D’après certaines études citées, les barrages naturels pourraient retenir des matières organiques et contribuer à la dégradation de certains polluants, notamment les pesticides liés aux sédiments.

Malgré ce refus, l’avenir du castor en Ariège n’est pas totalement fermé. L’espèce est en expansion naturelle dans le sud-ouest de la France. Un individu aurait récemment été observé dans la région toulousaine, aux portes du département.

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