“Aujourd’hui, c’est le 118ᵉ défi que je fais relever” explique Stéphane Linou associé au laboratoire en sécurité et défense du CNAM. Le principe est d’élaborer un repas complet avec des produits issus d’un rayon de 51 kilomètres. Le tout pour un prix de moins de 9,50 euros avec un faible impact carbone.
Cette initiative prolonge un engagement ancien. Dès 2008, il lance le mouvement locavore en France, après avoir expérimenté une année entière d’alimentation strictement locale. “C’était pour alerter sur notre degré de vulnérabilité”, rappelle-t-il. Le constat est sans appel. Au total, 98 % de notre alimentation dépend du transport routier. La production locale quitte massivement les territoires. “Que fait-on si les camions s’arrêtent ?”
Des “assiettes parlantes” pour comprendre nos manques
Pour rendre visible cette dépendance, Stéphane Linou a imaginé les “assiettes parlantes”. Chaque plat devient un outil d’analyse. “On observe ce qu’il y a dans l’assiette, mais aussi ce qui manque”, explique-t-il. L’exercice révèle les limites d’un territoire, qu’il s’agisse de production ou de transformation. L’enjeu est crucial, “Les grandes surfaces n’ont que deux jours de stock”. En cas de rupture, la tension pourrait rapidement monter.
À Aurignac, la preuve par la cuisine
À la Cafetière, tiers-lieu local, le défi prend une dimension concrète grâce à des bénévoles comme Jean-Luc Lacome. “On s’aperçoit qu’on a pas mal sur le canton d’Aurignac, et à moins de 20 kilomètres, on a beaucoup de producteurs”, souligne Jean-Luc. Poulet, fromages, légumes : une richesse souvent sous-estimée. “Ce n’est pas la peine d’aller loin, on a tout sur place”
Contrairement aux idées reçues, cuisiner local stimule l’inventivité. “C’est plus créatif”, affirme le cuisinier. Le défi impose des contraintes de budget, de carbone et de saisonnalité. “ À moins de 10 euros, on peut faire un menu complet qui tient la route”. Au menu ce jour-là : soupe d’ortie, boulettes de poulet avec légumes et pâtes locales, et dessert à la rhubarbe.
Du champ à l’assiette : le regard des producteurs
Pour les agriculteurs, ces initiatives ont aussi une résonance particulière. Nicolas Suspel, producteur de pâtes à Sepx en GAEC, y voit d’abord un moment humain. “On se retrouve dans un endroit convivial, déjà c’est très sympa. Et puis l’idée est bonne”.
Mais au-delà de la convivialité, le message est clair “Le locavore, le bas carbone, manger local, ça me parle, bien sûr. On vend des pâtes fermières, donc on est directement concernés”. Il observe d’ailleurs une évolution des comportements, “Les gens font de plus en plus attention à ce qu’ils mangent et d’où ça vient. La demande locale est importante aujourd’hui”.
L’obstacle principal : nos habitudes
Malgré ces initiatives encourageantes, le frein majeur reste profondément ancré dans les mentalités. “On pense que se nourrir est une affaire réglée”, constate Stéphane Linou. Selon lui, nous avons pris l’habitude de dépendre en permanence d’un système extérieur, sans en mesurer la fragilité.
Les expérimentations menées, notamment dans des cantines scolaires, en donnent une illustration frappante. Pour un seul repas destiné à tous les élèves d’une école, les ressources alimentaires locales ont été entièrement mobilisées, jusqu’à assécher le territoire. Un constat inquiétant, qui révèle à quel point nos capacités locales sont limitées.
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