Dans ce nouvel épisode des Sentinelles des Pyrénées, l’équipe de tournage de Pyrénées FM a suivi une journée de repérage en forêt, aux côtés de Patrice Abeille et Jérémy Cazes, co-réalisateurs du documentaire animalier Le Cœur de la Montagne. Direction une vallée discrète des Pyrénées, autour d’Aspet, à la frontière de l’Ariège, là où la forêt impose immédiatement son tempo. Le décor est posé : silence dense, reliefs boisés, lumière filtrée. Ici, rien ne s’improvise. Le travail commence bien avant la caméra.
Le Cœur de la Montagne : un film pyrénéen, par et pour les Pyrénées
Le projet documentaire s’ancre dans une démarche assumée : raconter le vivant depuis l’intérieur du massif et des forêts. L’ensemble de l’équipe est issue des Pyrénées, un choix revendiqué par les réalisateurs pour garder une cohérence artistique et territoriale. Le film explore la vie du Grand Tétras et, à travers lui, celle des vieilles forêts pyrénéennes, véritables réservoirs de biodiversité.
Au cœur du récit : un jeune garçon, Uko, dont la découverte du Grand Tétras déclenche une quête initiatique dans les forêts de montagne. Une approche narrative qui vise à sortir du simple documentaire naturaliste pour proposer une expérience sensible, presque intime, du vivant.
C’est l’histoire d’un jeune garçon qui passe sa vie à essayer de trouver le grand Tétra, puisque c’est comme ça que ça se passe. Et c’est le cas de plein de gens d’amoureux de la nature qui observent des espèces. Ça prend des années.
Le Grand Tétras, espèce sentinelle des vieilles forêts
Pour Patrice Abeille, le choix du Grand Tétras est loin d’être anodin. L’oiseau incarne à lui seul un équilibre écologique fragile et exigeant.
Quand vous perdez un Grand Tétras, dans une forêt, vous perdez plus qu’un oiseau, vous perdez tout un cortège d’espèces qui sont inféodées à ses milieux. C’est un peu le diamant du monde.
Son habitat dépend de forêts anciennes, structurées, riches en micro-habitats. Sa disparition ne serait pas un simple recul d’espèce, mais un signal fort d’appauvrissement global des écosystèmes forestiers. Dans le film, il devient ainsi un indicateur écologique majeur, presque un révélateur de l’état des Pyrénées forestières.
Lire la forêt avant de la filmer
Les réalisateurs évoquent une lecture fine du terrain, des traces, des comportements animaux et des structures forestières. Chaque séquence est anticipée, parfois plusieurs années à l’avance. Le tournage repose sur une règle centrale : le non-dérangement du vivant. Cela implique une connaissance précise des distances de fuite, des cycles biologiques et des zones sensibles. Le travail sur le pic noir, le lagopède alpin ou encore les grands mammifères forestiers s’inscrit dans cette logique d’observation patiente et discrète.
On a pas mal d’échecs en cinéma animalier… D’ailleurs, c’est jamais des échecs. Pour moi, faire une image, c’est pas le plus important. Le plus important, c’est le moment.
Vieilles forêts : des écosystèmes essentiels mais méconnus
Au fil de la marche, les réalisateurs insistent sur un point souvent invisible pour le grand public : la valeur écologique des forêts anciennes. Ces espaces, parfois composés d’arbres sénescents ou morts, jouent un rôle clé dans la biodiversité. Ils servent de refuge, de ressource alimentaire et de zone de reproduction pour de nombreuses espèces. À l’inverse, les forêts secondaires, plus jeunes et plus uniformes, dominent aujourd’hui largement le paysage pyrénéen. Le film cherche précisément à remettre en lumière ces forêts anciennes, véritables piliers silencieux des écosystèmes de montagne.
Une aventure humaine autant qu’un film
Au-delà de la technique, le podcast met en avant la dimension humaine du projet. Les conditions de tournage en montagne, les bivouacs, les longues heures d’affût créent une cohésion forte entre les membres de l’équipe. Les réalisateurs parlent d’un projet construit sur l’amitié, la confiance et une passion commune pour les Pyrénées et leur biodiversité.
Le film porte une ambition claire : sensibiliser sans dramatiser, émerveiller plutôt qu’alerter frontalement. Il défend l’idée que les Pyrénées conservent encore des espaces sauvages précieux, mais fragiles. Et qu’il appartient aux générations présentes de leur laisser de la place. Le message est volontairement positif : il ne s’agit pas seulement de constater les pressions sur le vivant, mais aussi de montrer ce qui subsiste, ce qui résiste, ce qui mérite d’être protégé.
Une production indépendante portée par un financement participatif
Le projet Le Cœur de la Montagne s’inscrit dans une démarche d’autoproduction assumée, fidèle à la volonté de ses réalisateurs de conserver une liberté artistique totale et un lien direct avec le territoire pyrénéen. Pour permettre la finalisation du film, un financement participatif est lancé. Cette campagne doit contribuer à soutenir les différentes étapes de production, notamment les coûts liés au tournage en montagne, aux affûts naturalistes, ainsi qu’à la postproduction réalisée avec des professionnels spécialisés du son et de l’image. L’équipe invite déjà le public à suivre et soutenir le projet via la plateforme Ulule.
Le documentaire Le Cœur de la Montagne sera présenté en avant-première lors du Festival Pyrénéen de l’Image Nature à Cauterets, le 25 septembre 2026 à 18h, en ouverture de soirée. Un rendez-vous symbolique pour un film né au cœur même des montagnes qu’il raconte.
Ecoutez aussi Les Sentinelles des Pyrénées, immersion avec Paul, veilleur des nécrophages.


