Depuis plusieurs semaines, des vidéos d’ours filmés en Ariège – montrant l’animal à proximité immédiate d’activités humaines – enflamment les réseaux sociaux. Les images d’un ours aperçu par des randonneurs le 4 avril sur une piste de ski à Guzet, ou plus récemment dévalant une pente près d’une auberge à Ustou, sont devenues virales.
Si ces séquences fascinent le grand public, elles suscitent aussi de fortes inquiétudes localement, « et au sein de l’État », souligne Philippe Lacube, président de la Chambre d’agriculture de l’Ariège. Il a récemment évoqué la question de la prédation avec Emmanuel Macron lors de la venue du chef de l’État dans le département.
« La première fois qu’on voit autant d’ours, aussi proche de l’homme »
Pour cet éleveur transhumant, observer autant d’ours « en aussi peu de temps », alors même que les troupeaux ne sont pas encore en estive, constitue « une première » et « un phénomène inquiétant ».
« Tout le monde est en admiration, notamment sur la dernière vidéo, où on le voit arriver sur une route, à quelques dizaines de mètres d’un restaurant. Mais si quelqu’un avait déboulé à ce moment-là en VTT ou en randonnée, les conséquences auraient pu être graves », alerte-t-il.
« C’est forcément préoccupant à l’entrée de l’été. »
Un sujet qu’il a pu aborder directement avec le président de la République le 27 avril, lors d’un déjeuner à Mirepoix, en présence de la présidente du Département et de plusieurs élus. Un échange jugé « constructif ».
Quatre mesures validées par Emmanuel Macron
« Ce qu’il s’est dit est très important car plusieurs mesures ont été avancées et devraient être mises en œuvre », affirme Philippe Lacube. « Quatre précisément. »
Parmi elles :
- La création d’une instance de suivi de l’ours associant l’Office français de la biodiversité (OFB) et les éleveurs, avec « une véritable transparence » sur la gestion de l’animal.
« Ce dispositif inclurait notamment l’accès aux données génétiques permettant d’identifier les individus les plus prédateurs, et de déclencher la mise en place d’un protocole ours à problème. » - L’élargissement du recours à l’effarouchement :
« On veut que les éleveurs et les bergers puissent effaroucher, puissent avoir le droit d’effaroucher, à l’image de ce qui avait été proposé comme protocole expérimental sur l’estive d’Arréou. » - La question du déclassement de l’ours au niveau européen :
« On sait que la Slovaquie va demander la déclassification de l’ours, passant l’animal d’espèce strictement protégée à « espèce protégée ». Ce que nous avons demandé au président de la République, c’est que la France soutienne cette démarche, et il a accepté. »
Selon Philippe Lacube, ces avancées s’inscrivent dans le cadre « Occitanie, territoire d’expérimentation ».
« Acter ces mesures en urgence »
« Le président de la République, avec le Premier ministre, à l’automne, face aux difficultés de l’agriculture occitane, ont proposé que la région devienne un territoire d’expérimentation sur des actions liées à l’agriculture. Dans ce cadre, plusieurs mesures ont été portées par la profession agricole, dont certaines concernent la prédation et l’ours. Ce que nous voulons mettre en place aujourd’hui s’inscrit pleinement dans ce dispositif. », souligne Philippe Lacube.
Et d’insister : « Maintenant, tout ça, il faut que ce soit acté, il faut que ce soit mis en place, on en a besoin. »
Les représentants agricoles veulent désormais accélérer le calendrier :
« On va réclamer l’urgence, le courrier est en cours de départ avec le conseil départemental et la fédération pastorale. Nous demandons un rendez-vous au préfet de région et à notre préfet pour pouvoir acter tout ça, et acter la mise en place de ces mesures. »
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