Ils s'appellent Karine, Magali, Marie ou encore Jean-Philippe. Ils sont de simples citoyens, usés par des faits divers qui se succèdent et par le sentiment que, malgré l'émotion collective, rien ne change vraiment. Réunis chaque lundi devant le tribunal de Foix, ils refusent que la mort de Lyhanna ne soit qu'un drame de plus. Leur objectif : transformer l'indignation en action.
"Lyhanna, c'est juste la goutte de trop"
Si le mouvement n'a ni statuts, ni président, ni même de nom définitif, ses membres parlent d'un « collectif Lyhanna », une appellation provisoire, choisie parce que « c'est quand même le drame qui nous a amenés ici ».
Tous insistent sur un point : leur engagement ne date pas de cette affaire.
« Les gens n'ont pas commencé à être touchés à la mort de Lyhanna. C'est juste la goutte de trop », résume Karine.
Aujourd'hui, leur première mission est justement de se rassembler.
160 000 enfants victimes de violences sexuelles chaque année
Au cœur de leurs préoccupations figure la protection de l'enfance, mais aussi celle des femmes victimes de violences. Le collectif souhaite soutenir la proposition de loi dite « intégrale » sur les violences sexuelles faites aux enfants, déposée l'an dernier et toujours en attente d'examen. Pour eux, cette réforme constitue une première étape indispensable.
Leurs arguments s'appuient sur des chiffres qu'ils jugent alarmants : près de 160 000 enfants seraient victimes de violences sexuelles chaque année en France.
«Dans la grande majorité des plaintes pour viols ou agressions sexuelles sur mineurs, les procédures sont classées sans suite, et seules une infime partie aboutissent à une condamnation.Ce sont des chiffres complètement hallucinants », souffle une participante.
"Devenir un point d'écoute"
En Ariège, ses membres souhaitent d'abord comprendre ce qui fonctionne, ou non. Quel est le parcours d'un enfant qui souhaite porter plainte ? Quels dispositifs existent ? Pourquoi certaines victimes ne se tournent-elles plus vers les institutions ?
Car au fil des rassemblements, la parole commence déjà à se libérer. Des habitants sont venus raconter des violences vécues sur le territoire. « On sait qu'il y en a énormément, mais on ne les connaît pas », constate un membre du collectif. L'objectif est donc aussi de devenir un point d'écoute, capable d'instaurer une relation de confiance avec celles et ceux qui n'osent plus pousser la porte d'un commissariat ou d'une administration.
Une mobilisation le 4 juillet à 15h sur les allées de Vilotte
À plus long terme, les membres n'excluent pas de rejoindre une dynamique nationale. Ils savent que partout en France, d'autres collectifs se mobilisent, souvent après un drame. Mais pour eux, l'urgence est d'abord locale. « Ici, on essaie de voir sur quoi on peut peser », résume l'un d'eux.
Le collectif appelle désormais à élargir la mobilisation. Un rassemblement est organisé samedi 4 juillet, à 15 heures, sur les allées de Vilotte, à Foix, afin de maintenir la pression et poursuivre la sensibilisation autour de la protection de l'enfance.


