L’aérodrome des Pujols a été ce jeudi 4 juin au coeur des débats d’une délégation d’élus venue spécialement sur site. Au coeur du sujet : faire des Pujols un site militaire de premier plan. Une ambition portée par les élus locaux, soutenus par l’État et La Défense, qui a pour objectif d’accueillir l’A400M et devenir une référence nationale dans le domaine des drones.
Un allongement de la piste de 300 à 500 mètres
Un projet qui s’inscrit dans le cadre la loi de programmation militaire, actuellement étudié à l’assemblée, « qui a vocation à donner des moyens supplémentaires pour s’adapter à la réalité géopolitique, et qui pourrait redonner à l’aérodrome ariégeois un rôle stratégique qu’il a progressivement perdu ces dernières années», explique Laurent Panifous, ministre délégué chargé des relation avec le parlement.
Pour y parvenir, les différents acteurs envisagent plusieurs aménagements, notamment un allongement de la piste de 300 à 500 mètres, le renforcement de certaines voies de circulation, la création de zones de retournement pour les appareils ainsi qu'une amélioration des infrastructures de ravitaillement et d'accueil.
« Il ne s'agit pas de faire atterrir des Boeing et des Airbus »
Si aucun chiffrage officiel n'a été communiqué à ce stade, plusieurs sources évoquent une enveloppe qui pourrait atteindre 15 millions d'euros. Un montant qui devra toutefois être confirmé à l'issue des études techniques annoncées.
Alors que la future loi de programmation militaire est examinée à l'Assemblée nationale depuis le 22 mai, les promoteurs du projet estiment que le contexte est favorable. « Il ne s'agit pas de faire atterrir des Boeing et des Airbus ici pour amener des touristes. Non, ce n'est pas ça le projet », insiste Laurent Panifous, ministre . « Il y a de vrais besoins. Chacun est conscient de la nécessité du réarmement de nos armées en général. »
« Des heures de trajet pour pouvoir emprunter un avion »
Le ministre rappelle qu'avec ses 1 200 militaires, le 1er Régiment de chasseurs parachutistes de Pamiers constitue le plus important régiment parachutiste de France. Or, faute de pouvoir accueillir l'A400M, ses hommes sont régulièrement contraints de rejoindre d'autres bases aériennes pour leurs entraînements.
« Aujourd'hui, ils font parfois des heures de trajet pour pouvoir emprunter un avion ailleurs, sauter ailleurs. Ils doivent pouvoir s'entraîner dans de bonnes conditions », plaide l'ancien député de l'Ariège.
Aérodrome des Pujols : vers un laboratoire Français des drones militaires ?
Au-delà du volet militaire, le projet ambitionne également de faire des Pujols un site de référence pour la filière drone. Si cette dernière est déjà très présente dans l'agglomération toulousaine, notamment autour de Blagnac, elle se heurte à la saturation de l'espace aérien.
L'idée est donc de profiter des atouts du territoire ariégeois pour accueillir des activités d'essais, de formation ou encore de stockage.
« C'est clairement permettre à celles et ceux qui veulent développer, à celles et ceux qui veulent construire, à celles et ceux qui veulent stocker, et d'abord à celles et ceux qui utilisent les drones, c'est-à-dire nos armées, de pouvoir utiliser la place ici pour s'entraîner », explique Laurent Panifous.
"Les drones, ce n'est pas une mode"
Selon plusieurs sources, les premières vérifications techniques réalisées ces derniers mois auraient déjà permis d'établir la faisabilité du projet. Une étude plus poussée doit désormais être lancée afin de préciser les travaux nécessaires, leur coût et leur calendrier.
Pour le colonel Bertrand Oliva, chef de corps du 1er RCP, l'enjeu dépasse largement la seule question de l'entraînement des parachutistes. L'officier voit dans le développement des drones une transformation profonde des opérations militaires.
« Les drones, ce n'est pas une mode. C'est vraiment un outil qui va transformer durablement la vie des militaires, la manière de combattre », affirme-t-il. « Ces outils sont de toute nature : des modèles de petite taille pour l'observation aux appareils de frappe, parfois à quelques centaines de mètres et parfois à plusieurs milliers de kilomètres. Oui, c'est une vraie révolution dans la manière de combattre. »
Le président de la République à la ministre des Armées informés
Observation, renseignement, logistique ou frappes : les usages se multiplient et nécessitent de nouveaux espaces d'entraînement et d'expérimentation. Pour le chef de corps du 1er RCP, les Pujols disposent d'une carte à jouer.
« Il y a une opportunité pour que l'Ariège et l'aérodrome deviennent un hub à partir duquel les entreprises puissent tester leurs matériels, former leurs opérateurs et travailler avec les militaires », estime-t-il.
Laurent Panifous assure avoir déjà sensibilisé les plus hautes autorités de l'État au dossier, du président de la République à la ministre des Armées, en passant par le ministre de l'Économie. Convaincu que « toutes les planètes sont alignées », il appelle désormais les acteurs locaux à se mobiliser pour concrétiser ce qu'il considère comme une opportunité majeure pour l'Ariège.


