«Le projet de loi d'urgence agricole représente une menace pour les territoires ruraux, les populations qui y vivent et une majorité de paysans et paysannes. Nous appelons les sénateurs et sénatrices, ainsi que celles et ceux qui les élisent, à privilégier l'intérêt des territoires ruraux face à celui de l'agro-industrie, » alerte la Confédération paysanne de l'Ariège dans une lettre ouverte adressée aux sénateurs, députés et élus locaux.
Alors que le Sénat examine cette semaine le projet de loi d'urgence agricole, le syndicat agricole entend peser sur les débats en interpellant les parlementaires et les grands électeurs, à quelques semaines du renouvellement de la moitié de la chambre haute.
« Une loi qui ne répond pas aux difficultés du monde agricole »
Dans sa lettre, la Confédération paysanne estime que le texte « ne répond pas aux problématiques qui traversent le monde agricole » et risque au contraire d'aggraver les difficultés auxquelles sont confrontés les territoires ruraux.
"Au vu des bouleversements climatiques et environnementaux, de la perte de biodiversité, de la raréfaction des ressources et, en particulier, de l’eau, sera-t-il matériellement possible demain, selon les territoires, d’être éleveur, céréalier, maraîcher, apiculteur ou viticulteur ?
Le syndicat considère ainsi que le projet privilégie une logique de compétitivité au bénéfice de l'agro-industrie, sans apporter de réponses concrètes aux enjeux de revenu, de renouvellement des générations ou d'adaptation au changement climatique.
Gestion de l'eau : la crainte d'un accaparement de la ressource
Parmi les craintes énoncées : les dispositions relatives à la gestion de l'eau. Selon la confédération paysanne, le développement des infrastructures de stockage favoriserait « l'accaparement de la ressource par une minorité de grands irrigants », au détriment des autres agriculteurs et des usages prioritaires.
"Ce projet de loi d’urgence est vecteur de conflits d’usage et d’intérêts : développer le stockage de l’eau dans un contexte de raréfaction de la ressource, c’est accroitre son accaparement par une minorité de grands irrigants, alors que les autres usagers, notamment les maraichers, subissent les restrictions d’usage provoquées par l’abaissement précoce des nappes. "
Pesticides et élevage dans le viseur
Le syndicat s'inquiète également des mesures concernant les produits phytosanitaires. Il juge « inacceptable » la perspective d'une réautorisation de certaines substances, estimant que les alertes scientifiques sur leurs conséquences pour la santé humaine et les écosystèmes ne peuvent plus être ignorées.
"Les alertes répétées de la communauté scientifique sur les impacts des pesticides sur les écosystèmes et la santé ne peuvent plus être ignorés. Les paysans et paysannes en sont les premières victimes et constatons une explosion des cancers précoces, des problèmes d’infertilité et des maladies neurodégénératives. Réautoriser l’acétamipride et le flupyradifurone constituerait un retour en arrière inacceptable."
La Confédération paysanne critique également les mesures relatives à l'élevage. Elle estime que les dispositions facilitant le développement de grands bâtiments d'élevage industriel ne répondent pas aux difficultés économiques rencontrées par la majorité des éleveurs.
"Moins de 2% des élevages sont soumis à une demande d’autorisation et moins de 8% à enregistrement au titre de la réglementation ICPE1. Le développement à marche forcée de l’élevage industriel, via la création d’un régime ICPE spécifique et la restriction des procédures de participation, est une aberration. Au regard des températures subies par les animaux, encourager la construction de bâtiments d’élevage XXL revient aussi à prendre le risque de surmortalité accrue."
Le revenu agricole au cœur des préoccupations
Pour le syndicat, la rémunération des agriculteurs aurait dû constituer le principal objectif de cette loi d'urgence. Il regrette que le texte n'apporte pas de garanties suffisantes sur les prix, le partage de la valeur, la régulation des productions ou encore la protection des exploitants face à la concurrence internationale.
Un appel aux sénateurs avant le vote
À travers cette lettre ouverte, la Confédération paysanne appelle les sénateurs et l'ensemble des élus locaux à faire évoluer le texte lors de son examen. « Il est grand temps de sortir de l'aveuglement volontaire et d'engager des politiques agricoles à la hauteur des enjeux climatiques, environnementaux et économiques auxquels les paysans sont confrontés », conclut le syndicat.


