« On le fait pour laisser de l’herbe au reste du troupeau » : en Ariège, la sécheresse accélère la descente des vaches des estives

Rédigé le 18/08/2026
Stephanie Leborne

Face au manque d’herbe lié à la sécheresse, le Groupement pastoral de Lers-Goutets, entre Massat et Le Port, a pris une décision exceptionnelle : redescendre près de 150 bovins, soit 30 % du troupeau, plusieurs semaines avant la fin habituelle de l’estive.

La sécheresse pousse les éleveurs ariégeois à adapter leurs pratiques. Dans les estives de Lers-Goutets, entre Massat et Le Port, le manque d’herbe a conduit, pour la première fois, à faire redescendre une partie des troupeaux avant la fin habituelle de la saison.

Une décision prise collectivement pour préserver les pâturages et permettre aux animaux restés en altitude d’y rester le plus longtemps possible.

150 bovins redescendus

Depuis le mois de mai, la sécheresse touche l’ensemble de l’Hexagone. En Ariège, le déficit de précipitations et les températures élevées se font particulièrement ressentir dans les estives, où les ressources en herbe diminuent.

Le Groupement pastoral de Lers-Goutets compte environ 500 bovins sur l’estive de Massat-Le Port. Face à la situation, les éleveurs ont décidé de redescendre près de 30 % de leurs animaux, soit environ 150 bovins.

« On est, je pense, les premiers à descendre dans le secteur », explique Isabelle Santenac, présidente du groupement pastoral. « Le choix a été mûrement réfléchi, on le fait pour laisser de l’herbe. On a préféré descendre un échantillon plutôt que la totalité de nos vaches le mois prochain. »

Objectif : préserver les ressources disponibles pour éviter que l’ensemble des troupeaux ne soit contraint de quitter prématurément la montagne.

Préserver les pâturages jusqu’à la fin septembre

En diminuant le nombre d’animaux présents en altitude, les éleveurs espèrent conserver suffisamment d’herbe pour le reste du troupeau et se rapprocher autant que possible de la date habituelle de fin d’estive, fixée autour du 30 septembre.

« Les animaux redescendus ont été sélectionnés en fonction des besoins des élevages : les vaches ayant des veaux ou celles qui devaient vêler ont notamment été privilégiées. À l’inverse, les bêtes considérées comme les moins vulnérables aux conditions de montagne sont restées en altitude », souligne l’éleveuse.

La présidente du groupement précise toutefois que cette décision ne signifie pas que les estives sont totalement dépourvues d’eau ou de nourriture.

« Il y a encore des ressources alimentaires à la montagne, contrairement à ce que nous avons pu lire sur les réseaux sociaux, mais c’est un choix des éleveurs de façon à ce que les autres puissent rester plus longtemps », précise-t-elle.

« C’est la première année qu’on redescend aussi tôt »

Pour Isabelle Santenac, qui fréquente cette estive depuis de nombreuses années, la situation est inédite.

« Moi, je suis toujours montée là. Mes parents montaient là aussi avant. Et c’est la première année qu’on redescend des bêtes aussi tôt.  On est monté le 6 juin. On était monté plus tard et on redescend cette année plus tôt, c’est du jamais vu », résume l’éleveuse.»

Un décalage qui n’aura donc pas suffi à compenser les effets de la sécheresse.

Pour le Groupement pastoral de Lers-Goutets, la priorité est désormais de préserver suffisamment d’herbe pour permettre aux animaux restés en altitude de tenir jusqu’à la fin du mois de septembre. Mais alors que les pâturages des vallées sont eux aussi fortement sollicités, les prochaines semaines restent incertaines pour les éleveurs ariégeois.